Rares sont les managers qui n’ont jamais dit « J’ai déjà des enfants à la maison, pas besoin d’en avoir d’autres au bureau ! », et j’avoue avoir dit cette phrase… (Je me demande si des parents ont déjà dit à leurs enfants « j’ai déjà des collaborateurs à gérer, pas besoin d’en rajouter »…. Enfin bref…)

Management et parentalité n’ont a priori rien à voir, car ils se situent dans 2 sphères de vie bien distinctes. Pourtant, à moins d’être schizophrène, vous êtes bien une seule et même personne du matin au soir, et vous êtes le lien entre tous les pans de votre vie.  Le dénominateur commun entre votre rôle de parent et celui de manager ? La nécessité de donner du sens et d’accompagner le développement personnel de l’Autre.

Alors, parentalité et management, comment on fait pour être bienveillant à tous les coups ?

 

Accompagner

A la maison comme au travail, la relation parent-enfant ou manager-managé, induit une forme d’autorité et de hiérarchie (voire de pouvoir) de l’un sur l’autre. Dans les deux cas, l’objectif est d’aider l’autre à progresser, grandir, gagner en autonomie et s’épanouir. La clé réside dans la volonté sincère d’avancer ensemble et de permettre à l’autre de se réaliser, en toute empathie et bienveillance.

Vous imaginez être derrière votre collaborateur pendant que celui-ci rédige un mail, afin de vérifier les fautes, le contenu ? Il y a de fortes chances que celui-ci vous fasse comprendre que votre attitude est déplacée et infantilisante.

A la maison, il en va de même, vous n’allez pas exiger de votre chérubin de 3 ans qu’il peigne comme Picasso (en fait si, mais bon, disons comme Renoir) en commentant chaque coup de pinceau sur la toile. Vous pouvez le conseiller s’il vous le demande, mais il eprouvera un plaisir immense à explorer et s’approprier cette nouvelle forme d’expression (prenez de la gouache…) de manière autonome.

 

Assumer

Quand votre enfant fait une bêtise, appelez-vous votre maman pour vous plaindre de votre enfant terrible ?

Imaginez que votre enfant joue au foot et, accidentellement, envoie le ballon sur le pare-brise du voisin. Evidemment, vous êtes embarrassé, mais vous assumez. Vous prenez sur vous d’aller voir le voisin, avec votre enfant à qui vous avez expliqué la gravité de son geste, et vous prenez en charge les réparations. Ensuite, il vous appartient de prendre les précautions nécessaires pour que votre enfant ne recommence pas (nouveau lieu de jeu, balle en mousse…)

En entreprise, c’est pareil. Lorsqu’un membre de votre équipe fait une erreur, le rôle du manager est d’assumer, d’adopter la stratégie du paratonnerre. Son rôle n’est pas de dire au N+1 que son collaborateur n’a pas fait son travail et que c’est lui le coupable de l’échec du projet. Comme le parent avec le voisin, le manager essuie les foudres de la victime. Il doit ensuite déterminer avec son collaborateur ce qui a permis à cette erreur de se produire, puis de créer les conditions du succès pour la prochaine fois.

 

Présence et attention

Que ce soit avec les enfants, les équipes, les clients, la (pleine) présence, l’attention et l’écoute active sont le gage d’une relation de grande qualité, propice à l’épanouissement et l’enrichissement de chacun.

Imaginez, vous avez une idée que vous voulez soumettre à votre N+1. Pendant que vous lui en parlez, il répond à ses sms, vérifie ses mails. Vous avez juste l’impression qu’il se contrefiche de ce que vous lui racontez, et par extension, de vous.

 Je n’ai plus de manager ni de collaborateur, mais je vais souvent les rencontrer en entreprise et leur parler. Vous imaginez la scène ? Moi devant 150 managers à parler de bienveillance, et répondre à un sms pendant que je déroule mon plan ? Inconcevable.

Pourtant, dans cette vie speed et hyperconnectée, vous avez probablement déjà répondu à votre enfant, de manière distraite, un « oui c’est bien », le nez dans votre smartphone. Moi oui. J’avoue. Et j’en suis pas fière. L’enfant ressent la même chose que vous face au n+1, mais les conséquences sont beaucoup plus graves pour sa construction émotionnelle.

Dans ce cas, n’oubliez pas la règle d’or : ne jamais faire aux autres ce que l’on n’aimerait pas qu’on nous fasse.

Et cela vaut que l’on soit parent, manager, enfant, ou managé.

 

Confiance et autonomie

Les enfants un réel besoin qu’on leur fasse confiance. Pour qu’ils puissent se sentir compétents, et grandissent en ayant confiance en eux et en autrui. En tant que parent, il arrive de dire « ne fais pas ça, tu vas te blesser » Nos peurs nous guident et freinent nos enfants dans leur exploration et leur apprentissage de la vie.

En entreprise, il en va de même. Imaginez un manager qui dit à ses équipes : « Aucune communication vers l’extérieur ne se fait sans validation écrite de ma part ». Difficile de motiver et faire grandir ses équipes dans de telles conditions. Cette volonté de tout contrôler provoque des dégâts tant sur l’équipe (qui n’ose plus rien faire, et qui n’avance pas sur les projets) que sur le manager (qui risque le surmenage à force de toute vérifier en permanence)

Construire une relation de confiance suppose de s’efforcer de rendre l’autre le plus autonome possible. Evidemment, le pouvoir du manager, comme celui du parent, est réel dès lors qu’il existe une hiérarchie, mais ce pouvoir ne doit pas être « castrateur » mais au contraire source d’épanouissement pour tous. C’est la démarche de certains modèles d’organisation, dites « libérées »  et de la parentalité bienveillante, qui ont pour objectif d’aider chacun à se révéler, à s’épanouir, à prendre des initiatives.

Ceci passe tout d’abord par l’écoute : poser des questions ouvertes, engager l’autre à s’exprimer, être factuel, définir clairement les attentes, le cadre, les règles et les objectifs.

 

Vivre ensemble

L’entreprise constitue un cadre régi par des règles sociales (la collaboration, etc. ) mais la famille semble parfois s’affranchir de ces règles communes. Il s’agit pourtant d’une vie en communauté dans les deux cas. Cependant, on prend généralement  moins de gants pour exprimer son insatisfaction ou même sa satisfaction dans le cadre familial.

Le lien affectif que les parents ont avec leurs enfants a tendance à bafouer ces règles. Il n’est pas rare de crier, de dire des « gros mots » dans le cercle familial, alors qu’en entreprise, les conventions agissent comme un garde-fou.

Afin de remédier à cela et instaurer des relations saines et sereines, certains outils comme la Communication Non Violente peuvent se révéler d’une efficacité redoutable pur réussir à faire passer son message sans faire « monter la mayonnaise ».

 

Reconnaissance

Les enfants ont un fort besoin de reconnaissance, ils aspirent plus que tout à être acceptés tels qu’ils sont, avec empathie et sans jugement. Cela leur permet de se construire positivement dans le regard de ceux qui ont autorité sur eux.

Ils sont des pros pour nous demander des choses qui nous semblent farfelues (genre le verre Reine des Neiges et pas un autre, ou une poupée LOL, pour ne citer que des exemples de mon quotidien.) A titre personnel, je trouve ces poupées LOL une véritable aberration marketing et écologique, sans parler du fait que ça coûte un bras à chaque fois. Ma fille ne joue pas avec ce genre de jouets habituellement. Pourtant, elle a fait des pieds et des mains pour en avoir une. Après discussion et nombreuses questions, j’ai compris le pourquoi : elle a envie d’être intégrée, et toutes les copines en ont une ribambelle (et des parents millionnaires j’imagine). Nous avons donc acheté 2 exemplaires. Ma fille a été ravie de déballer ses poupées, a joué 2 jours avec, puis s’en est désintéressée, mais elle n’est plus exclue par ses copines.

En entreprise, le besoin de reconnaissance se joue moins sur ce type de demande que l’on peut juger farfelues ou dérisoires au regard des responsabilités qui incombent à un manager, mais davantage sur le travail, tant l’effort fourni que le résultat obtenu. Evidemment, tout le monde est payé pour ce travail, mais une reconnaissance, même symbolique, un « merci pour ton implication sur ce dossier compliqué » fait toujours plaisir.

Exactement comme lorsque votre enfant a travaillé 3 heures pour réaliser un exposé et qu’il a obtenu une très bonne note. Vous n’imaginez pas ne pas le féliciter, si ?

 

Exemplarité

Le rôle de parent comme celui de manager est à une croisée des chemins : regarder le(s) modèles et choisir celui que l’on veut incarner. C’est une question de choix, tout simplement, qui se fait souvent en fonction des ressentis face à une expérience.

Les parents qui ont conscience de cette « transmission » ont à cœur de montrer « le bon exemple » à leurs enfants, au travers de comportements et valeurs qu’ils estiment fondamentaux (politesse, respect, fiabilité…)

En entreprise, il en va à peu près de même. Un manager doit incarner des valeurs et les mettre en pratique, et poser un cadre, afin de montrer à son équipe ce qu’il attend en retour. La seule différence avec la maison est qu’il est de son devoir de le faire, quelle que soit l’attitude de son propre manager (bienveillant ou toxique). Dans son rôle de parent, cela peut s’avérer beaucoup plus difficile à mettre en œuvre, en raison du poids affectif parfois écrasant dont il peut avoir du mal à se défaire.

Ici, vous pouvez appliquer la 2e règle d’or : ne faites pas à votre équipe ce que vous n’aimeriez pas que votre manager vous fasse.

Conclusion

Vous l’avez compris, qu’il s’agisse du rôle de parent ou de manager, la bienveillance sous toutes ses formes est indispensable pour développer des conditions et des relations épanouissantes et pérennes.

On pourrait décliner à l’infini l’analogie parent-manager. A mon sens, l’essentiel est de trouver l’équilibre qui permettra l’épanouissement de tous. Pour cela, celui qui a figure d’autorité se doit de donner à l’Autre les moyens de bien appréhender le monde qui l’entoure, puis laisser libre cours à sa créativité et aux qualités spécifiques qui font sa personnalité. Qualités que nous avons parfois transmises à nos têtes blondes, ou qui font recruter tel candidat plutôt qu’un autre.

La question qui reste en suspens est la suivante : Par où commencer ? Evidemment, la parentalité peut sembler la plus évidente, car la plus importante, tant pour vous que pour vos enfants, car il y a de l’amour entre vous. Cependant, cet amour, très fort, nous empêche parfois d’y voir clair, de ne pas être dans l’attente (et donc dans la déception quand les résultats ne sont pas au rendez-vous) et nous conduit parfois à des sentiments négatifs.

En commençant par opérer des changements dans votre management, vous verrez les résultats de manière plus objective et détachée (après tout, vous êtes entre adultes). Vous aurez la possibilité de mesurer et d’échanger avec vos collaborateurs, et d’obtenir de précieux feedbacks autrement plus constructifs qu’une « colère » (qui n’est évidemment pas un caprice, mais la seule façon de s’exprimer quand on a 2 ans) suite à une frustration de chérubin, pas encore très équipé en termes de langage…